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 Merci Raymond

EMBRASSER UNE CARRIÈRE...
(EXTRAIT DU LIVRE RUE PASTEUR) C'est le passage qui décrit l'exode de la région parisienne vers le sud de la France en 1954. Histoire vraie...

...Le train de Paris entre en gare de Tournemire et nous laisse là, sous la marquise, puis il continue vers Béziers.

La ligne de chemin de fer pour arriver à la gare de Saint-Affrique ne transporte plus que des marchandises. Le car Berliet de la ligne régulière nous attend dans la cour de la gare, tremblant par son lourd ralenti. C'est donc les Cars Mouls qui assurent le transfert. Ces cars rouge et crème se partagent la clientèle locale avec Les Luxe Cars Verts, cars Lecouls, des Saurer en livrée verte et blanche.

Le départ est accompagné par les craquements de la boîte de vitesse. Le tableau de bord solidaire du moteur formant le gros nez le capot du devant, vibre indépendamment du reste de la carlingue. Les sièges en cuir lissé sont surmontés d’une barre chromée arrondie. Les passagers, avec poules, lapins, paniers carrés à tirette sont sur leur trente-et-un. Le chauffeur avec sa tête inclinée donne confiance. Il est en bleu de travail, la bâche (sa casquette) assortie est délavée par le soleil. Pour moi, c'est loin des uniformes des poinçonneurs et des traminots de la R.A.T.P.

Ce métro régional, sur pneus et sur route, s'arrête aussi souvent pour assurer la messagerie locale. Ce car représente pour moi l'exode, l'aventure. Son gros nez et ses phares sont soulignés par une courbe du pare-choc qui lui donne un léger sourire. Le sourire du temps qu'il faut pour faire la route.

À cette époque on faisait les 85 kms pour Rodez par Saint-Izaire, en quatre heures à bord de ces cars. Départ, cinq heures du matin ! Une expédition…
Tournemire-Saint-Affrique devait durer presque une heure pour 25 kms, en passant par plusieurs arrêts : Massergues, puis, saut d'obstacle de la ruelle piège à angle droit de Saint-Jean d'Alcapiès et arrêt en bas de Vailhauzy, et Saint-Affrique, la gare, la poste, terminus place de la République.

Dès l'arrivée à Saint-Affrique, venant de Tournemire, sur la route de Millau, l'avenue principale, rectiligne est impressionnante, c'est très rare une ligne droite dans le pays. Lassés par les lacets, on est plus souvent prêt à vomir en : appelant Raoul, que de regarder sereinement le paysage magnifique .

Après les rangées de platanes de la route de Millau, l'avenue fait plus d'un kilomètre de long en ligne droite et se termine par la Maison Martin. Cette perspective est accentuée à l'époque par des lampes à abat-jour marron suspendues dans son axe, comme dans les rues du vieux Lyon, ou des villes du nord de l'Italie.

Le car s'arrête devant La Poste, le chauffeur à la tête penchée dépose deux ou trois colis, descend nos bagages et repart. On traverse l'avenue, on s'enfile dans une ruelle, au bout, c'est la Rue Pasteur. Elle est longue, tout au bout… Une autre avenue, perpendiculaire, le boulevard Victor-Hugo. En y débouchant, j'observe que de l'autre côté du boulevard, un mur peint, avec une publicité Tréca. Elle m'interpelle. Une invitation graphique ?
J'ai ressenti là, comme une révélation Soubiroustesque…

L'affiche de la révélation !
Merci Raymond Savignac...