 | Le conteur bleu
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LE PRINCE CRAPAUD Par un sortilège malin, le Prince Théo est devenu crapaud, il chavirait d'amour pour une princesse qui était déjà transformée en grenouille depuis la nuit des temps. Il soupirait depuis trop d'années devant son portrait de princesse.
Un beau matin, le Prince crapaud, demande à la belle grenouille :
« Pourquoi es-tu une grenouille ?
- C'est pour mieux que je m'agenouille !
lui répond la princesse, dans un éclat de rire.
- Ah ! ah ! s'exclame le Prince,(pince-sans-rire) ».
Puis, ne pouvant plus tenir, il éclate d'un rire à faire déborder la rivière. Le cataclysme fait qu'il se retrouve assis au milieu du lit du cours d'eau asséché, et miracle, il retrouve tout d'un coup sa forme de Prince. La grenouille n'ayant plus d'eau devant elle pour assurer une fuite élégante, se transforme à son tour en humain.
Aussitôt, les deux êtres s'enlacent, se dévorent des yeux.
Miracle ! Des larmes de joie perlent, perchées sur leurs cils agités.
Le bonheur les habite... Le temps s'écoule, et beaucoup d'enfants naissent de leur mariage.
Un soir, vers vingt heures trente, après un journal télévisé ordinaire, la princesse s'approche de son prince de mari,
et, en évoquant leur rencontre magique d'autrefois, lui avoue enfin :
« Tu sais ! ça fait longtemps que je t'aimais Théo ! »
© Pierre Rebichon « le Conteur Bleu ».
Un grand pardon à tous... on continue ?
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BELLE BELLE BELLE ! Deux éprouvettes s'entrechoquent sur la paillasse d'un laboratoire de recherche génétique de l'ouest parisien.
Le "ting-tang" réveille brusquement les cellules en culture. Le séisme a franchi le niveau 5 de l'échelle de Richter...
Ce bref tremblement de terre a fait pâlir François. C'est le patient, impatient, il attend le résultat du professeur en médecine qui, l'oeil rivé sur l'oeilleton de son microscope, surveille la croissance de ses petits protégés.
Vous l'avez deviné, ce professeur... Oui ! c'est le cloneur de ces dames, celui qui fait et refait les vedettes, celles qui se ramassent ensuite à la pelle dans le vent mauvais ou sur les grands boulevards de la science...
Ce soir, il se lance ! c'est le grand soir, le spectacle attendu par une foule de fans ! Il va présenter son préféré, bien au point, terminé, bichonné. Ce soir, sous les feux du Zénith, c'est la présentation de son clone François !
© 1988 Pierre REBICHON. (Pardon c'est affreux...)
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MENAGE AU PARADIS Le paradis est bien haut ! L'ambiance et l'atmosphère de l'Eden sont au beau fixe. Les êtres, faune, flore, minéraux sont au mieux de leur forme. Quelques nuages se mêlent au décor de rêve...aux moutons blancs des nuées de ce paradis pastoral.
Le rideau de brume du grand théâtre s'entrouvre sur le paysage magnifique de la chaîne de l'Himalaya. Les sommets du toit du monde d'en bas chatouillent le dessous des nuages formant la grande moquette céleste. Celle où se prélassent les anges et les pensionnaires du ciel en toute insouciance.
Plus loin, Adam et Eve parlent un peu plus fort que d'ordinaire :
" Allez, Eve, calme toi ?
- Tu penses que c'est le moment de faire ton cinéma ?
- Oui, oui, mon ange, à tout de suite, juste une petite
sortie avec les copains !
- Si tu me parles encore de ballon, je dégage en touche ! "
Le lendemain matin... brusquement, scène de ménage.
Adam est rentré trop tard hier soir, certainement que ses copains de foot avaient arrosé seuls la victoire du PSG sur le Dynamo de Moscou. Le fait est que l'orage est entendu jusque sur terre et provoque des inondations à faire réouvrir d'urgence le chantier naval de Noé. L'orage gronde aussi dans les yeux de Eve qui, furieuse fait ses valises et ne prend que le string nécessaire pour s'enfuir du stratus familial de la plus haute montagne du monde.
Adam, vert de rage* s'écrie à en déchirer tout net le gris du ciel :
" Eve ! reste ! "
*(il est vert Adam quand il rage...)
© Mai / Juin 1998 Pierre REBICHON. (J'ai honte ! mais)...
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JOJO LE PETIT MÉTRO Un conte socialement bien pensant.
Il était une fois à Paris en 1999, juste avant l'an 2000, Jojo, un petit métro tout blanc et vert. Il voyage dans les tunnels, sort de temps en temps le nez après Pasteur, passe la Seine, salue dame Tour Eiffel et plonge sous terre après Passy. Une vie de métro très rangée, à la queue leu-leu sur rails et pneus.
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Un matin de mai, alors qu'il serpente entre Montparnasse et Cambronne, il se souvient tout à coup de ce que son grand-père lui disait.
Il lui parlait de couleurs, que son train avait un maillot rouge. Un wagon couleur de fraise.
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LA RAME SPRAGUE À cette époque, il s'appelait la rame Sprague. Ses wagons étaient en bois, de même que les sièges étaient en bois verni, surmontés de porte-bagages en laiton, des ampoules rondes au milieu d'un abat-jour de verre. Sur les portes, les lettres RATP entrelacées dans un écusson.
Dans les stations, pas de tubes fluorescents, mais des lampes électriques à la lumière jaunâtre qui ponctuaient les couloirs. Les panneaux, en émail bleu et blanc, les carrelages biseautés reflétaient ce qu'ils pouvaient. Mais, heureusement, les poinçonneurs et les chefs de stations veillaient à la bonne marche de leur métro.
Les odeurs nauséabondes montaient et descendaient dans les escaliers et ne s'engouffraient bien entendu que dans les voitures vertes « c'est un air dix fois pété »disait le bus 95, le grand-oncle de la famille. Aujourd'hui, c'est plutôt du Guerlain, Balmain... Narta... et autres que nos narines hument au long des couloirs lumineux du nouveau métro.
Ce souvenir en tête, le soir, au dépôt,
Il raconte à ses amis métros, rames Nord/Sud, et aussi à la ligne 1, la plus parfumée. Le lendemain matin, en passant près des Beaux-Arts, un artiste à barbe monte dans le wagon. Il dessine souvent, même au milieu de la foule entassée. Malin, il trouve toujours une place assise et alors, griffonne comme un fou. Justement il dessine des fraises, des fraises sur un camion, un wagon de métro qu'il colorie en rouge. Sans le savoir, il fait le portrait de Jojo, couleur fraise. À la station Javel, il descend, froisse son esquisse et (honte à lui), la jette par terre, Vigipirate aidant, les poubelles sont encore bouchées... La boule de papier roule sur les rails...
Le métro d'en face passe et déplie le papier. La feuille virevolte puis se plaque sur le pare-brise de Jojo qui vient juste d'arriver. Dépliée, elle reste plaquée par quelques gouttes de pluie. Jojo observe l'oeuvre ! Il comprend pourquoi son grand-père aimait avoir un wagon rouge dans sa rame... c'est beaucoup plus beau !
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Jojo rêve tout haut. Il se souvient aussi que son grand-père lui avait dit que ce wagon était réservé aux premières classes. À des gens plus riches, plus tristes, sans sourires. Des femmes seules et craintives. Au fil du temps, ces gens, ils ont eu honte de se sentir privilégiés. Il faut dire qu'il est difficile d'être seul dans un wagon alors que les autres sont bondés, surchargés, qu'on y étouffe... De soutenir les regards des gens aplatis contre les fenêtres des autres wagons sans ressentir une moindre gêne. Donc la direction du métro a pensé qu'il fallait supprimer les classes ! Bien, enfin...
Mais, supprimer les classes et la couleur en même temps c'est trop !
Jojo rêve tout haut. Il se voit bientôt avec un wagon rouge dans son train. Un wagon pour attirer les enfants. Un wagon tout timide, celui de l'exception, du plus, de la différence, de la variété, de la joie toute crue !
Les dirigeants du métro ont entendu sa demande et réfléchissent à remettre cette fantaisie colorée sur les rails du troisième millénaire.
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LA CABANE MYSTÉRIEUSE Depuis que j’ai repris pieds au village de mes ancêtres côté Maurel, j’ai été à la rencontre de mon enfance à chaque pas. La rencontre avec Jean-Paul m’a rassuré « un jeune de 40 ans ». Être son aîné de quelques dix années et plus, était immédiatement gommé à l’entendre me raconter son enfance à lui, au village, calquée sur la mienne à une bézègue près…
En revanche, il m’a quand-même fait découvrir des lieux où je n’avais jamais risqué les brodequins. En dessous du rocher de la Treille, il existe une cabane de berger blottie sous un rocher éboulé. La partie bâtie présente « un fenestrou » et une porte. Le jour où Jean Paul m’a guidé vers cet abri, en poussant l’huis de bois, nous avons découvert que l’intérieur de la cabane n’avait pas bougé.
Un mobilier d’enfant, le foyer semblait à peine refroidi, une casserole émaillée certainement empruntée à un mamette d’en bas, qui peuchère, ne la cherche certainement plus. Les bancs et la petite table fabriqués par les enfants eux-mêmes avec des « bois » de chez mon oncle Paul Maurel, le menuisier (à 99% certain). Cette découverte nous coinça la glotte d’émotion. Touchant, adorable et chargé de vacances, de soleil, d’innocence.
L’été dernier, nous avons retrouvé cet endroit et présenté le lieu à notre descendance, dans l’espoir d’essayer de détrôner les Nitendo et autres jeux « electro-video-debilo », et même de leur donner un air de déjà vu !
La bande de vieux copains a décidé de défricher l’accès à la cabane. Le chantier est avancé, il reste encore quelques « bartas » à tailler. Pour se remonter un peu la santé, un petit coup de Pastis des Homs fut suivi (en bas) d’un pique-nique organisé « sous le préau de l’école » dans la joie, à l’abri des seules gouttes de pluie de la canicule de l’été 2003.
Ensuite, soleil à nouveau, une promenade digestive est naturellement échafaudée, à faire péter tous les ballons de contrôle de la marée chaussée… qui bien sûr n’arrête pas encore les piétons (la prunelle des causses est très concentrée dans le secteur). En revenant au village, à la sortie du tunnel, la petite visite « de blagaïre » à André notre ami. Le soir, sous les lampadaires, révision des niveaux de la prunelle. Les vacances à Saint-Paul ? un bagne, une débauche permanente que je ne souhaite à personne.
à bientôt pour d’autres sorties…
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